Étudiant particulier cherche entreprise particulière
Dans le cadre de son Forum de l’entreprise 2012, l’École supérieure internationale de gestion (ESIG) a organisé, vendredi, un débat sur le choc des cultures entre les valeurs des entreprises et les valeurs de jeunes recrues.

Les intervenants ont insisté sur la mise en place de passerelles entre les jeunes et le monde de l’entreprise.
Une fois le cursus scolaire terminé, chaque jeune part en quête d’un emploi. Une recherche parfois difficile, qui peut se solder de plusieurs manières, plus ou moins heureuses, entre le piège de l’éternel stage, la hantise du chômage et le sésame de l’emploi. Au moment de convaincre son futur employeur, la jeune recrue se confronte à un nouveau monde, celui de l’entreprise, bâti sur des valeurs différentes de celles du milieu scolaire. Si ce passage se fait sans accrocs pour certains, pour d’autres, c’est un véritable choc. « Valeurs des entreprises, valeurs des jeunes recrues : nouveau choc des cultures ? », s’interrogeait ce vendredi l’ESIG, dans le cadre de son Forum Entreprise.
Rapprocher les jeunes des entreprises
Pour Hazim Sebbata du Cercle des jeunes dirigeants, la perception d’un choc des cultures est due à l’existence de préjugés entre les jeunes et les entreprises. « Ce choc s’explique par beaucoup de méconnaissance, les jeunes connaissent peu l’entreprise et s’en méfient. Ils la perçoivent comme une enceinte, un mur », regrette-t-il. Selon lui, des passerelles doivent être instaurées pour rapprocher le monde scolaire du monde professionnel, telle que l’initiative Injaz Al Maghrib. Pour Anouar Alaoui, directeur régional de l’ANAPEC, il n’y a pas lieu d’évoquer un choc des cultures. « Nous sommes face à deux référents différents : celui des jeunes basé sur la satisfaction personnelle et celui des entreprises basé sur la performance et la compétence. Mais ces référentiels sont complémentaires », estime-t-il. Mais pour que cette complémentarité devienne une évidence, il faut travailler ensemble, pour que jeune et entreprise se connaissent et s’adaptent l’un à l’autre. Pour entrer dans le monde de l’entreprise, plusieurs intervenants ont insisté sur la nécessité pour les jeunes de dépasser le savoir-faire technique et de mettre en avant leur savoir-être.
Savoir-être
« Le diplôme n’est qu’un passeport, et son visa la compétence », a souligné Jamal Belahrach, président de la Commission emploi, CGEM, avant de poursuivre « L’important est de comprendre le monde dans lequel on vit. La responsabilité devient la valeur principale ». Cette nouvelle ère qui s’ouvre, se caractérise par une instabilité, qui représente certes des risques mais aussi de belles opportunités. Face à ce monde en mouvement, les jeunes ont eux aussi opéré leur révolution. Modélisés par le concept de génération Y versus génération X, les jeunes d’aujourd’hui sont animés par des valeurs différentes de leurs prédécesseurs. « Aujourd’hui, les valeurs des jeunes sont l’individualisme et le matérialisme, sous l’influence d’une culture occidentale pas digérée, la recherche d’autonomie individuelle, et étrangement la dépendance vis-à-vis de l’État », a relevé Nourredine Cherkaoui, professeur universitaire et économiste. Mais plus la peine d’attendre de l’État un emploi, c’est le privé qui se taille la part du lion en matière de création d’emploi. « 21 400 postes sont créés par la loi de finances, alors que 200 000 jeunes arrivent sur le marché de l’emploi l’année prochaine », a poursuivi Nourredine Cherkaoui, avant de conclure « La logique c’est le privé ! ». Plus possible donc de rechigner devant le monde de l’entreprise, c’est bien lui qui attend la grande majorité des nouvelles recrues. Une opportunité de taille pour les jeunes, futurs leaders et entrepreneurs, de révolutionner ces fameuses valeurs des entreprises. ◆
Une génération Y au Maroc ?
Concept créé pour penser la nouvelle génération, la génération Y désigne les jeunes nés dans les années 80 et 90. Un concept bâti sur des référents principalement occidentaux et qui ne s’applique pas tel quel au Maroc. « On ne peut pas parler de génération X ou Y au Maroc comme aux États-Unis. Les environnements et les évènements sont différents », souligne Khalil Azzouzi, directeur de Sherpa Finance et Fonds Dayam. Lorsqu’on parle de génération digitale, difficile d’ignorer la fracture numérique qui existe dans le royaume, avec certaines régions enclavées où la génération Y n’a rien de concret. « La recherche de sécurité observée chez les jeunes marocains est un référentiel de la génération X au États-Unis », observe Khalil Azzouzi. Selon lui, malgré une certaine osmose avec les nouvelles technologies, le vécu reste différent, avec une certaine inertie due aux valeurs identitaires.











