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L’Afrique ne veut plus de l’assistanat

Des membres du Centre africain des études asiatiques, de la Commission civique pour l’Afrique et de l’Institut des études africaines, se sont réunis, trois jours durant, pour penser ensemble le rôle de la société civile dans le développement du continent africain.

El Mostafa Rezrazi, SG de la commission civique pour l’Afrique, Abdelkader Zraih, membre du CNDH, et Gustave B. Assah, président de la commission civique pour l’Afrique, lors de la rencontre tenue hier au siège du CNDH à Rabat.

L’Afrique, bien que tournée principalement vers l’Europe en matière d’aide au développement, tend peu à peu à diversifier ses partenaires. L’Asie commence, à ce niveau, à se faire une place non négligeable.
L’un des partenariats a pris forme avec la création de la commission civique pour l’Afrique (CCf-A), qui avait été impulsée par le Japon en 2008 (voir interview). Du lundi au mercredi, à Rabat puis à Marrakech, plusieurs membres de la commission, ainsi que des représentants du Centre africain des études asiatiques et de l’Institut des études africaines, se sont réunis en vue de renforcer leur coopération.

Diminuer la dépendance

Une coopération qui apparaît comme un bon moyen de diminuer la dépendance des pays africains vis-à-vis de l’aide extérieure, par le biais d’une société civile qui assurerait une « veille sociale ». « Il faut que nous puissions voir l’effectivité de l’aide, pour découvrir l’efficience, et ne plus finalement dépendre de cette aide », souhaite Gustave B.Assah, président de la commission civique pour l’Afrique (CCf-A). « Il ne faut pas que l’on soit toujours main tendue vers l’Europe et l’Occident ! »Au cours des discussions, c’est à l’unanimité que le Maroc a été désigné comme pays d’implantation du siège social de la Commission civique pour l’Afrique. Approché par le Soir échos, El Mostafa Rezrari, secrétaire général de la CCf-A, nous apprend que « auparavant, le siège se situait au Bénin. Nous avons beaucoup d’organismes nationaux, mais pas encore d’organismes régionaux. Six seront créés ».  Au cours de ces journées de travaux, un mémorandum de partenariat a également été signé avec le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH). ◆

entretien avec …

Gustave B. Assah président de la commission civique pour l’Afrique (CCf-A).

Gustave-B.-Assah« Les Africains sont pauvres de leurs mentalités »

En quoi consiste le partenariat qui unit l’Afrique et l’Asie en matière d’aide au développement ?
La commission civique pour l’Afrique a été créée par les ONG japonaises, dans le cadre du Forum social mondial. C’était un an avant la TICAD IV (Conférence internationale de Tokyo sur le développement africain). C’est un concept créé pour pouvoir impliquer davantage la société civile africaine dans le processus de financement de l’aide que le Japon octroie tous les cinq ans à l’Afrique. Désormais, la commission civique veut aller au delà du Japon, et faire le suivi de l’aide asiatique. Il ne sera plus question uniquement de travailler avec le Japon comme partenaire stratégique, mais il restera le partenaire privilégié. Il s’agit de faire le suivi de l’aide qui parvient à l’Afrique, de l’impact local afin de susciter un certain nombre de plaidoyers en faveur du développement.

Pourquoi le Maroc a-t-il été choisi (annonce faite lundi dernier) pour abriter le siège du CCf-A ?
C’est un choix stratégique pour nous. Aujourd’hui, l’Afrique se trouve dans une dynamique, et lorsque nous regardons nos partenaires privilégiés par rapport au reste des pays de l’Afrique, il se trouve que le Maroc est au centre, par rapport à beaucoup de pays africains. L’autre raison est à chercher au niveau du travail qui se fait ici. Le dynamisme des Marocains a également su nous convaincre. Nous sommes surtout convaincus du travail qui peut se faire encore au Maroc, en termes de mobilisation des ressources, des partenaires, mais aussi en termes d’efficacité dans l’approche inclusive pour laquelle nous œuvrons.

D’après vous, pour quelles raisons l’Afrique demeure un continent assisté ? Comment changer la donne ?
L’Afrique a certes besoin d’argent, mais il faut qu’on réfléchisse à la manière dont l’argent est géré, à la gouvernance économique, financière, et sociale. On attend beaucoup de l’Afrique, en termes d’attitudes et de comportements. Les Africains ne sont pas pauvres par manque de richesse, mais ils sont pauvres de leurs mentalités. C’est en Afrique que l’on trouve le plus de gens qui sont plus riches que l’Etat, et qui malheureusement ne sont pas dans la dimension du partage des richesses et de la solidarité.

Qu’est-ce qui manque donc pour que l’Afrique se développe ?
Pensez-vous que c’est l’argent qui manque à l’Afrique ? Est-ce la volonté politique ? Les cadres régionaux et internationaux ? Non. C’est uniquement la paresse qui nous empêche d’avancer. Pour montrer aujourd’hui que nous sommes fiers de ce que nous sommes, il faut demeurer fiers, mais en travaillant. Les potentialités, les hommes, et les ressources existent. Il ne reste plus qu’à les rallier, à travers la mentalité.

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