Rapport sur les prisons : la gestion de Benhachem épinglée
Une commission exploratoire s’est déplacée dernièrement dans les prisons du royaume pour élaborer un rapport sur leur état. Le contenu est loin d’être élogieux envers l’Administration pénitentiaire et des ONG appellent à la démission imminente de son délégué général Hafid Benhachem.
«Avant, on ne pouvait pas publier de rapports sur les prisons parce que Benhachem ne les reconnaissaient pas tout simplement. Il estimait que les ONG exagéraient toujours dans leurs évaluations. Aujourd’hui ce n’est plus le cas et je peux vous dire que le contenu du rapport est choquant, il, comporte des vérités choquantes ! »… Khalid Cherkaoui Semmouni, le président du Centre Marocain des Droits de l’Homme (CMDH), n’en revient pas. Le rapport qu’il a entre ses mains soulève le côté obscur des prisons marocaines. Hafid Benhachem, délégué général de l’Administration pénitentiaire et de la réinsertion s’en est défendu en disant que ces cas existent partout dans le monde et qu’il fait les efforts nécessaires pour parer aux points soulevés dans le rapport.
A propos de Oukacha
« Le pire des malheurs en prison, c’est de ne pouvoir fermer sa porte »… Cette phrase de Stendhal résume bien la situation dans laquelle se retrouve l’Administration pénitentiaire. Le rapport dénonce dans un premier lieu l’hyper-encombrement, puisque la prison peut abriter 5 000 prisonniers alors qu’il y en a 2 570 de plus dont 324 femmes… Un encombrement dû à la lenteur des procédures. Le rapport parle également de l’absence des services de restauration, mais aussi un grand manque d’hygiène et une forte présence de trafic et consommation de drogues, avec un grand nombre de pratiques déviantes et perverses telles que la prostitution, la pédophilie, la corruption, les agressions sexuelles, l’homosexualité et surtout : le chantage. « Le téléphone portable est interdit au sein de la prison », nous apprend un responsable de Oukacha. Le rapport note également l’existence d’un coin « luxueux » destiné aux prisonniers nantis, un pavillon qui porte bien son nom ‘‘Abou Dhabi’’. « Avec de l’argent on peut tout contrôler en prison », nous révèle une source.
Benhachem doit partir
Si Benhachem a nié une partie importante des constatations du rapport, il a donné sa parole pour remédier aux points soulevés par le rapport. « Benhachem n’a pas fait que de mauvaises choses. C’est vrai qu’il ne nous laissait pas avant visiter les prisons sous prétexte que c’est le parquet général qui donne les autorisations, mais c’est quelqu’un qui a travaillé dur… Comme vous savez, la prison est un milieu opaque et il faut bousculer les consciences et les cultures pour s’affirmer », estime Cherkaoui. Ce dernier, qui a lu méticuleusement le rapport nous apprend que la prison connaît encore des pratiques ancestrales telles que la torture, exercée par les gardiens… Concernant les rumeurs sur l’existence de cas de prisonniers infectés par le sida, Cherkaoui nous avoue que Benhachem n’en a pas dit un mot. « Benhachem doit être remercié et se reposer en quittant ce domaine. Il a l’air trop fatigué pour continuer sa mission. L’administration pénitentiaire a besoin d’un nouveau responsable, du milieu des droits de l’homme, sévère et qui connaît très bien la loi. », nous dit Cherkaoui. Nous apprenons d’après une source que le ministre de la Justice Mustafa Ramid n’est pas du tout content de ce que révèle le rapport et qu’il compte prendre des mesures afin de corriger certains dysfonctionnements dans les prisons. « Mais il y a un problème juridique, enchaîne Cherkaoui. Benhachem n’est pas sous les ordres du ministère de la Justice et encore moins sous ceux de Benkirane. Il n’ y a que le roi qui puisse décider de son sort. Au sein du CMDH, nous demandons à ce que le ministre de la justice devienne responsable des prisons. Cela nous permettrait de savoir à qui nous adresser en cas d’inJustice. », conclut Cherkaoui. Rappelons que les pratiques au sein des prisons sont différentes d’une personne et d’une idéologie à d’autres. Les détenus salafistes sont les personnes qui subissent le plus de torture et d’atteinte à la dignité de l’homme. D’après Anas El Haloui, membre du comité de soutien des détenus islamistes, ces derniers subissent « l’insertion des bâtons par voie anale, l’empêchement de dormir, le déshabillement forcé mais aussi de la torture psychologique et la confiscation du Coran… » ◆












