Tamy Tazi, la prêtresse du caftan
Amina Masnaoui, très active propriétaire de la librairie de la Porte d’Anfa, a organisé la semaine dernière une séance de dédicace du livre « Tamy Tazi Caftans » aux éditions Skira, seul ouvrage retraçant le merveilleux dessein artistique de Tamy Tazi. L’occasion de revenir sur le parcours de cette grande dame de la haute couture marocaine.
Disponible et souriante, Tamy Tazi s’est prêtée au jeu des signatures, mercredi dernier, avec des lectrices admiratives et parfois intimidées. Il faut dire que Tamy Tazi inspire le respect. Dans la préface du livre écrit par Nadia Tazi et Daniel Rey, Pierre Bergé écrit : « Respecter la tradition sans tourner le dos à son époque, tel est le défi qui attendait Tamy Tazi. Héritière d’une tradition ancestrale; ô combien riche et importante, elle a su aborder son temps sans rien renier ». Daniel Rey, quant à lui, qualifie Tamy Tazi de « la plus subtile interprète en matière de création de caftans, et aussi la seule vraie gardienne des plus antiques traditions vestimentaires de ce pays ».
La créatrice du caftan haute couture
Pourtant, rien ne semblait destiner Tamy Tazi à devenir couturière. Elle a fait des études de philosophie et de lettres classiques à Grenade. De retour au Maroc, elle se marie, élève ses trois enfants et se met à habiller les femmes de la haute société européenne. Encouragée par le styliste new-yorkais Fernando Sanchez, elle crée des caftans, sarouels, vestes marocaines et selhams qui rencontrent un succès immédiat. Plus tard, elle est rassurée par Yves Saint Laurent. « Il m’a aidée. Je faisais des vêtements et j’avais une espèce de doute. Il m’a dit, il faut continuer et il faut t’inspirer des vêtements marocains et des vêtements du peuple ». En 1977, elle achète la maison Joste, unique boutique de haute couture fondée par Josette Achille. On y trouve les créations de Yves Saint Laurent et Christian Dior, elle y ajoute ses collections de caftans. En 1981, la direction de la maison est confiée à Josette Ferbos qui demeure aux côtés de la styliste jusqu’à sa disparition en 2009.
Une passion pour la broderie
« Avec Tamy Tazi, écrit Daniel Rey, le vêtement marocain trouve sa ligne, c’est-à-dire un rapport de proportions et d’harmonie flattant le corps d’une manière particulière, dans un style qui lui est propre, et selon les lois non écrites de la couture. Pas de geste gratuit, fut-il apparemment libérateur, ni de fantaisie déplacée. » C’est également avec elle que la broderie s’épanouit sur le caftan. Pour cela, elle s’inspire de la collection de broderies et de tissages qu’elle a constitués au fil des années. Elle a ainsi exhumé la « Chbika », cette dentelle qui est très vite devenue la marque de fabrique de la maison. « Lorsque je dois produire un nouveau dessin de broderie, explique Tamy Tazi, je commence par consulter ma documentation : je trouve mes sources dans l’artisanat marocain, mais aussi chez les Ottomans, parfois chez les Japonais et les Indiens (dont j’ai repris le « bothé » par exemple), plus rarement chez les Africains. Je les traduis, je les adapte à mon propos ». Illustré par les magnifiques photos de Graziano Villa, ce livre montre des caftans qui se situent au carrefour de deux traditions marquantes : la haute couture que la styliste a longtemps tutoyée en représentant celle d’Yves Saint-Laurent au Maroc et le patrimoine marocain qu’elle a su défolkloriser et entièrement renouveler. Un vibrant hommage à la prêtresse du caftan… ◆
Tamy Tazi Caftan, Éditions Skira, 1 000 DH.

