Tanger
L’inauguration de l’usine Renault de Tanger est un succès pour la politique du Maroc qui a su se positionner pour attirer un grand producteur, certes avec une contrepartie énorme, mais qui est totalement passée sous silence par les contempteurs du projet.A lire la presse française, l’ouverture de cette unité géante, ultra moderne, serait une menace [...]
L’inauguration de l’usine Renault de Tanger est un succès pour la politique du Maroc qui a su se positionner pour attirer un grand producteur, certes avec une contrepartie énorme, mais qui est totalement passée sous silence par les contempteurs du projet.A lire la presse française, l’ouverture de cette unité géante, ultra moderne, serait une menace pour l’industrie européenne. Mais ceux qui professent cela avec une pointe de populisme bon marché semblent faire de cette opération la première de ce genre, oubliant que d’autres constructeurs sont engagés sur le même schéma, depuis belle lurette. Qu’il s’agisse de Volkswagen, de Peugeot ou de Citröen, les constructeurs qui se positionnent sur une échelle planétaire cherchent la meilleure combinaison pour être globalement compétitifs et proches de leurs marchés. Si le coût du travail au Maroc est encore faible par rapport à l’Europe, l’implantation d’acteurs comme Renault contribue à le rehausser et, par le transfert de compétences, à sédentariser des ressources en les transformant en relais de croissance.Dans le monde libéral dans lequel nous évoluons, il serait hypocrite ou stupide de vouloir faire semblant de contrôler le marché et de promouvoir une libéralisation des marchés pour pouvoir écouler sa production à l’étranger en instaurant, en même temps, un protectionnisme pour limiter les importations. Aujourd’hui, et pour encore un peu de temps, l’avantage comparatif du Maroc le rend plus attrayant. Le choix du pays de s’engager dans un modèle qui a failli, où l’industrie a été, il y a bien longtemps, reléguée hors des frontières, ou au contraire de privilégier des secteurs créateurs d’emplois et de richesse, est un choix délicat dont les effets ne se font ressentir que des décennies plus tard, mais qui sont aisés à prévoir. Espérons que le Maroc saura capter une part non négligeable des besoins industriels, en attirant autant d’acteurs structurants que possible; parce que, qu’on le veuille ou non, ce n’est pas dans les services que nous ferons la différence à grande échelle.

