Théâtre hybride à Ben M’sik
Le Festival international du théâtre universitaire de Casablanca a donné le coup d’envoi, dimanche soir, avec une pièce de théâtre hybride, présentée au théâtre Moulay Rachid.

Cinq étudiants américains et six étudiants marocains ont échangé via internet pendant quinze semaines. La pièce de théâtre «Broad canvas», présentée au théâtre Moulay Rachid dimanche soir est le résultat de ces conversations.
« Broad canvas » est un un concept théâtral qui réunit des étudiants de l’Ecole de théâtre de l’université des Beaux-Arts de San Diego, et les élèves de la section de littérature anglaise à l’unversité Ben M’sik de Casablanca, sous la houlette de l’assistante professeur Dani Bedau à l’école de théâtre, de télévision et de film de San Diego, membre du jury de la 22e édition du FITUC en 2010 et le professeur Abdelsam Chtioui, professeur de littérature anglaise à la Faculté de Ben M’sik. Une œuvre d’un réalisme percutant, aux allures de ping-pong culturel entre deux communautés que rien ne réunit… à part un dialogue artistique.
Comment s’est déroulée cette expérience fusionnelle entre étudiants marocains et américains?
Dani Bedau : après ma participation en tant que jury du festival en 2010, le doyen de la Faculté Mr Abdelmajid Kaddouri m’a mise en contact avec professeur Chtioui, dans le cadre du projet d’étude que je développais sur le pouvoir de l’art dans la redéfinition de l’identité. Nous nous sommes mis d’accord sur un concept d’échange artistique entre nos élèves respectifs. Huit des mes étudiants ont échangé via internet avec huit étudiants de Ben M’sik pendant 15 semaines. La pièce est le résultat de ces conversations, que j’ai développées en scénario. L’idée originale consistait en une rencontre entre les étudiants mais ceci n’a pas eu lieu.
Comment avez-vous réussi à collaborer avec le professeur Chtioui, malgré la distance?
Dani Bedau : le Pofesseur Chtioui est venu en octobre dernier à San Diego et a donné une série de conférences très intéressantes sur la culture marocaine, animant certains ateliers avec les étudiants. Le soir, nous travaillions ensemble sur le scénario et nous affinions la pièce, en se basant sur ses idées et ses rajouts ayant trait à l’histoire et l’identité marocaine. Nous avons également continué à ajuster la pièce dernièrement, pendant les six jours de répétitions entre les étudiants ici à Casablanca, surtout suite à la rencontre avec le doyen et le directeur artistique du festival.
Quels étaient les ajustements que vous avez effectués lors de votre visite aux Etats-Unis?
Abdeslame Chtioui : lors de ma visite aux Etat-Unis j’ai pu rencontrer les étudiants, ce qui m’a permis d’ajuster le scénario en ajoutant une touche marocaine, me basant sur les anecdotes vécues par les étudiants marocains et américains. Nous avons beaucoup discuté des sujets que nous devons aborder, tels que la culture amazighe, l’histoire du Maroc, les groupes ethniques, les origines et l’identité. Nous avons réussi à faire tomber des tabous qui existaient auparavant. Les deux communautés ont réussi à se comprendre et ont aplati tous les jugements de valeur qu’ils auraient pu avoir avant de se rencontrer. Dani Bedau : le scénario est très didactique. Nous avons essayé de mettre le doigt sur les points sensibles, et les verbaliser, tout en essayant de rendre la structure dramatique. Nous nous devions d’être honnêtes et d’ajuster les textes originaux. Dans les conversations des élèves, les émotions étaient présentes mais nous avons tenté de les exacerber. C’est ce qu’on appelle
« divised theatre » (théâtre de créations) qui consiste à compiler des idées et du vécu, versus créer une trame en se basant sur une idée fictive.
Quelles étaient vos impressions suite à votre expérience en tant que membre du jury du festival en 2010 ?
Dani Bedau : L’expérience très inspirante, m’a même transformée au niveau professionnel. En 2010, le festival programmait dix pièces alors que cette année les pièces sont au nombre de seize, et la plupart venait de France, des pays arabes, d’Allemagne ou du Mexique. Et comme je ne parle aucune autre langue que la mienne, je me suis découvert une habilité à comprendre la trame, et à dépasser la barrière de la langue. Parmi le jury, peu de personnes parlaient ma langue, et malgré cet obstacle, nous avons réussi à analyser les pièces et à communiquer sans traduction, parce que nous sommes des artistes de théâtre. Bien entendu, l’expérience était assez concluante vu que j’ai passé deux ans à écrire un scénario pour cette édition. ◆

