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Un navire agile nommé Maroc

Les rares experts à avoir anticipé les bouleversements qu’ont connus la Tunisie et Égypte sont ceux du Laboratoire européen d’anticipation politique (LEAP) qui  annonçaient dès 2008 qu’il existait «60% de risques d’explosion politico-sociale sur l’axe Égypte-Maroc».  Cette instabilité serait, toujours selon le LEAP guidée par la faim, l’intégrisme et l’incapacité des parrains occidentaux à offrir [...]

Les rares experts à avoir anticipé les bouleversements qu’ont connus la Tunisie et Égypte sont ceux du Laboratoire européen d’anticipation politique (LEAP) qui  annonçaient dès 2008 qu’il existait «60% de risques d’explosion politico-sociale sur l’axe Égypte-Maroc».  Cette instabilité serait, toujours selon le LEAP guidée par la faim, l’intégrisme et l’incapacité des parrains occidentaux à offrir des solutions économiques maladroitement remplacées par des pressions sécuritaires.

Plus largement, le monde serait à la merci d’une bataille de leadership économique sourde menée par les pays BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) visant à bouleverser l’hégémonie américaine arbitrée par une Europe défensive. Le «coup de semonce» qu’à été la crise de 2008 a été atténué d’une part par des années de croissance précédant la rupture et d’autre part par la confiance des acteurs en la puissance économique souveraine des Etats qui ont permis une relance factice. Depuis 2010, nous assistons à la quasi-faillite de certains Etats avec en toile de fond, l’effondrement inéluctable de la barrière psychologique concernant le risque souverain américain et la faillite du système Dollar.

La Chine, malgré sa «bonne» volonté de façade, se déleste aussi discrètement que sûrement de ses encombrants bons du trésor US, tandis que l’Europe, le Brésil ou la Russie se construisent des barrières de plus en plus visibles destinées à limiter les flux monétaires pour achever le billet vert. Les investisseurs se tournent de plus en plus vers des actifs tangibles affolant les cotations des matières premières et créant des tensions de plus en plus importantes dans les pays fragiles qui se trouvent dans l’incapacité de maintenir un accès abordable pour leurs populations à l’énergie et à l’alimentation.

Les scenarii prospectifs sont multiples et dépendent de la stratégie des grands ensembles économiques précités mais 3 évidences apparaissent. La première est que l’économie US devra, dans les toutes prochaines années, affronter sa propre réalité créant une crise socio-économique sans précédant dans le pays. La seconde est que les États-Unis seront tentés par un réflexe chronique de relancer la mécanique économique par un conflit armé. La troisième est liée à l’incertitude quant au choix de l’adversaire car s’il semble évident qu’un bloc musulman serait l’ennemi idéal des opinions publiques occidentales, cela aboutirait à un conflit mineur qui ne ferait que retarder l’échéance de quelques années. Le vrai et le seul adversaire qui pourrait relancer l’Oncle Sam est la Chine mais aussi bien les politiques que les militaires américains n’oseraient s’attaquer à une alliance sino-russe qui, par la force des circonstances, se cristalliserait.

Nos alliés d’aujourd’hui s’engouffrent dans un système économique en graduelle mais inévitable «dislocation». S’ils ont largement démontré, par le passé, qu’ils n’étaient pas en mesure d’apporter une contribution décisive au développement de pays qu’ils considèrent amis, ils s’avèrent aujourd’hui inaptes à soutenir les régimes militaro-politiques qui avaient pour tâche d’encadrer des populations qu’ils croyaient immatures.

Nous sommes au cœur d’un cycle de forte perturbation mondiale. Le Maroc est un navire qui traverse un océan bouleversé par des vents changeants avec une brutalité inouïe. Nous nous débattons, avec un certain succès, pour y asseoir un socle de stabilité à travers le renforcement de notre capacité à satisfaire nos besoins et la mise en place de coûteux filets sociaux tout en armant le navire de structures et de gréements lui permettant d’accélérer la cadence par vents favorables. 

La donne politique mondiale se remodèle en profondeur et notre pays est doté d’un arsenal politique, social, économique et culturel lui permettant de traverser ces tempêtes planétaires qui s’annoncent dans le calme et la sérénité tout en assimilant qu’aujourd’hui, plus que jamais, nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes. ◆

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