Un pas vers la démocratie
Le CNT a élaboré un projet de loi en vue des prochaines élections devant permettre
de désigner les membres
de l’assemblée constituante. Ce texte prévoit également
une implication plus importante de la société civile.
Le Conseil national de transition, présidé par Moustapha Abdeljalil, vient d’élaborer un projet de loi qui jette les jalons de la démocratie en Libye. Ce texte doit servir de base à l’organisation de l’élection d’une Assemblée nationale, elle-même chargée de rédiger une nouvelle Constitution et de former un nouveau gouvernement intérimaire. Le projet soumis par le CNT ne donne pas de détails quant à la carte électorale, mais laisse la latitude à la future commission électorale de délimiter les circonscriptions en l’invitant à tenir compte des paramètres de taille et de population. Le peuple libyen va pouvoir dire son mot dans l’instauration du futur État que mettre en place le CNT. Après plus de 40 ans de dictature sous l’ancien régime de Mouammar Kadhafi, il est maintenant temps de donner la parole aux Libyens eux-mêmes pour exprimer leur volonté.
Une loi qui marginalise les femmes
Le CNT, qui fait face à la colère des habitants de Benghazi ces dernières semaines, a finalement décidé d’écarter les anciens responsables du régime Kadhafi. Ainsi les universitaires ayant développé des travaux en se basant sur le « Livre vert », l’ouvrage dans lequel Mouammar Kadhafi avait consigné ses réflexions sur la politique, l’économie mais aussi de nombreux aspects de la vie quotidienne, seront écartés. De même, les anciens responsables libyens accusés de torture et de détournements de fonds, les membres actifs de la Garde révolutionnaire et les ex-opposants ayant passé des accords avec l’ancien régime n’ont plus le droit d’être candidasaux prochaines élections.
Ce projet de loi prévoit de donner 20 sièges sur les 200 que l’assemblée réserve aux femmes, soit 10% de représentativité. « Le Congrès national général est composé de 200 membres élus au suffrage libre et direct, et 10 % des sièges seront réservés aux femmes », indique le premier article du projet de loi.
« Les femmes libyennes représentent actuellement plus de 50 % de la population en Libye et l’idée de limiter leur représentation à seulement 20 sièges est totalement scandaleuse », ont dénoncé les défenseurs des droits des femmes en Libye. Des ONG comme Libyan Rights Organization et The Voice of Libyan Women ont notamment appelé à l’amendement de l’article, en mettant en garde contre la marginalisation du rôle de la femme dans la nouvelle Libye.
Menaces
Le nouveau projet de loi précise également que « les candidats aux élections doivent avoir plus de 25 ans, et ne pas avoir occupé de poste de responsabilité sous Mouammar Kadhafi et ne pas avoir profité de l’ancien régime pour s’enrichir ou obtenir des faveurs ». Le Premier ministre, Abdel Rahim al-Kid a confirmé, lundi, que l’élection de l’Assemblée constituante se tiendra en juin. Cependant, la menace de l’insécurité pèse toujours sur le pays. Mardi, des affrontements armés ont été signalés dans le centre de Tripoli près du bâtiment des renseignements de l’ancien régime, selon des journalistes de l’AFP qui ont entendu des rafales d’armes. La même source a fait état de blessés sans en préciser le nombre et « d’ambulances faisant la navette entre l’hôpital Zaouia et les lieux de ces heurts ».De même, selon Washington « Al-Qaïda a envoyé en Libye des militants pour tenter d’y recruter des hommes après la chute du régime de Mouammar Kadhafi ».Par ailleurs, le président tunisien, Moncef Marzouki, qui s’est rendu à Tripoli lundi, s’est engagé à remettre l’ex-Premier ministre libyen Baghdadi al-Mahmoudi à la Libye à condition qu’ un « procès équitable » lui soit réservé. « Nous en Tunisie, nous demandons à l’Arabie Saoudite l’extradition de Ben Ali pour les milliards qu’il a dérobés au peuple. Il est naturel que les Libyens réclament, eux aussi, Al-Mahmoudi Baghdadi à la Tunisie », a-t-il déclaré en compagnie de Moustapha Abdeljalil, le président du CNT. Il a également précisé qu’il veillerait à ce que toutes les conditions d’un procès équitable soient réunies avant de se prononcer sur le sujet. ◆


