Une minorité s’active pour faire respecter la parité
Avec un Marocain sur deux qui est une Marocaine et un diplômé sur deux qui est une femme, il serait logique que cette proportion soit respectée au niveau des différentes instances publiques du pays. Pourtant, le chemin reste encore long, malgré les efforts d’une minorité active qui lutte contre cette injustice.

Le nombre de femmes ayant accès aux postes de responsabilité dans les différentes administrations marocaines ne dépasse pas 10 %.
Gravée dans la nouvelle Constitution, la parité hommes-femmes doit maintenant se décliner dans les faits. Alors qu’en Algérie le parlement compte 30% de femmes, soit plus que le Maroc et les États-Unis réunis, Le nombre de femmes ayant accès aux postes de responsabilité dans les différentes administrations marocaines ne dépasse pas 10 %. En cause, la Haute autorité pour la parité qui tarde à voir le jour et par conséquent, la loi organique qui devrait régenter la question. Pourtant, Abdelilah Benkirane le chef du gouvernement veille sur cet objectif, qu’il estime prioritaire malgré l’absence de calendrier. C’est là qu’intervient le Collectif Action Parité (CAP) présidé par Fathïa Bennis. L’objectif de cette association est d’aider le gouvernement dans sa tâche en mêlant la carotte au bâton. En organisant dans les semaines à venir les assises de la parité, CAP veut mettre les politiques devant leurs responsabilités et menace même d’appeler au boycott des prochaines élections communales. En parallèle, l’idée de constituer une base de données de CV féminins pour parer l’idée du manque de compétences a fait son chemin, inspirée par une initiative européenne initiée par Viviane Reding, vice-présidente de la Commission européenne.
Une initiative originale
Le CAP qui regroupe une douzaine d’associations a commencé à collecter des CV il y a à peine quatre mois, après une rencontre avec le chef du gouvernement et a déjà recueilli plus de 500 profils qui couvrent toute l’échelle hiérarchique. L’objectif est de les mettre à disposition de toute administration qui recrute et de continuer à collecter ce qui devrait constituer le plus grand vivier pour l’administration jamais constitué. Ouverte à toutes les femmes disposant d’une compétence dans un domaine particulier, cette collecte est basée sur la motivation individuelle des candidates qui indiquent les secteurs qui les intéressent, loin de toute approche élitiste qui ne correspond pas aux défis du moment. Cette initiative qui n’en est qu’à ses débuts serait une aubaine pour l’Autorité pour la parité qui aurait à sa disposition un outil opérationnel et évolutif pour mener à bien sa mission. Tombant dans ses attributions, elle aurait la légitimité pour l’endosser et assurer son succès. La prochaine étape, en parallèle de la collecte des CV, est la mise en forme d’un moyen de recueil et de diffusion des informations rassemblées, un site web pourrait permettre une interaction entre les candidates et les administrations. Il faciliterait également le suivi et la mesure du succès de cette initiative, qui sans être coercitive, offre aux administrations le moyen de répondre aux attentes de la société marocaine en se conformant à la Constitution, au désir du chef du gouvernement et à la volonté royale.
Le web en renfort
Née du constat de la mauvaise gestion des compétences, cette base de données qui ne coûte rien à ses destinataires est un instrument qualitatif unique et il serait triste que tout ce travail ne serve à rien.
Consciente de l’énormité de la tâche et du temps qu’elle prendra, le CAP ne joue pas de la surenchère en essayant de mettre une pression inutile sur le gouvernement, puisque ce n’est pas en quatre mois que la tendance d’un phénomène aussi ancré dans les mœurs pourrait s’inverser de manière radicale. Mais la vigilance des associations féminines ne devrait pas laisser passer la moindre occasion de rappeler ses engagements à M. Benkirane qui avait annoncé que pour chaque poste ouvert, à compétences égales il privilégierait une femme. A suivre. ◆

