Vente à découvert, la solution miracle ?
Manque de liquidité, de profondeur, spéculation, manque de confiance… sont autant de maux dont souffre la place boursière de Casablanca. La vente à découvert revient souvent comme étant la solution idoine pour pallier à au moins un de ces problèmes.

La vente à découvert permet de réaliser des bénéfices sur des marchés baissiers, tel le cas de notre marché.
Face à la faiblesse des volumes d’échange sur le marché boursier marocain qui ne dépasse guère la barre des 15 millions de dirhams quotidiens, les opérateurs de la place se posent la question sur les moyens à même de drainer davantage de flux. Pour eux, la faiblesse d’échange découle essentiellement du manque de liquidité, c’est-à-dire qu’il y a « une déficience entre l’offre et la demande », selon les déclarations de Youssef Benkirane, président de la BMCE Capital Bourse et président de l’Association professionnelle des sociétés de Bourse (APSB) lors de la conférence tenue lundi dernier (voir notre édition du mardi 8 mai 2012).
Un texte de loi en préparation
La solution constamment proposée par la direction même de la Bourse de Casablanca est la mise en place du marché à terme et l’autorisation de la vente à découvert. D’ailleurs, un texte de loi sur les prêts emprunts titre, mécanisme facilitant ces deux procédés, a été bien avancé dans le processus d’adoption avant la récupération de l’ensemble des textes suite à l’investiture de l’actuel gouvernement. Mais la question qui se pose est celle de l’efficacité de tels outils dans un marché jugé « irrationnel » par les sociétés de bourse elles mêmes, sachant que la vente à découvert a été interdite dans les marchés anglo-saxons en 2008 et le reste de l’Europe courant 2011 et que l’ensemble des analystes et observateurs pointent du doigt les produits dérivés qui sont d’ailleurs à l’origine de la crise économique actuelle, qui était à la base financière. Pire encore, on accuse les spéculateurs d’être volontairement ou involontairement à l’origine de ces mouvements irrationnels alors que «la vente à découvert des titres est une technique spéculative qui est accusée de précipiter la chute des cours en Bourse», pouvait-t-on déjà lire dans une dépêche de l’Agence française de presse en 2008 qui traitait du sujet de l’effondrement des valeurs financières des États-Unis et du Royaume-Uni.
Mot d’ordre : la spéculation
La vente à découvert se définit avant tout comme un mécanisme spéculatif, car elle peut être également utilisée comme outil de couverture mais rarement, qui permet à un investisseur de vendre des titres qu’il ne possède pas (encore), en espérant réaliser un gain lorsque le cours de ces titres baissera (et qu’il les achètera). Autrement dit, l’hypothèse de base est que le marché est baissier, tel le cas de la place casablancaise aujourd’hui. L’investisseur vend alors une action qui cote 500 DH, mais qu’il ne possède pas. Donc, pour la livrer à son acquéreur, il emprunte ladite action auprès de sa société de bourse ou d’un autre opérateur. L’investisseur n’achètera le titre, pour le rendre à son prêteur, que quelques jours plus tard, lorsque le cours de l’action en question baissera. Si son cours, à ce moment là, permet à l’investisseur d’acheter l’action à 400 DH, alors le gain ainsi réalisé sera de 100 DH. Cela permet donc à l’investisseur d’espérer des gains importants, au fur et à mesure que la valeur baisse. Cependant, à l’inverse et comme rien n’est garanti sur le marché, si son hypothèse de départ s’avère erronée, une hausse de la valeur du titre entre sa vente à découvert et son achat effectif, engendrerait une perte. C’est là que réside le danger car dans ce type de manipulation, le gain potentiel attendu peut être certes important, mais reste tout de même limité à la valeur de l’actif alors que, en cas de mauvais pronostic, la perte, elle, peut être « illimitée ». En effet, la hausse d’un titre peut aller jusqu’à l’infini. ◆
Un mécanisme dangereux
Ce mécanisme présente plusieurs dangers. Le premier étant que lors d’une vente à découvert, le vendeur n’est pas obligé de posséder l’argent pour acheter ce qu’il compte vendre. Contre paiement d’une commission dite « de règlement différé » (CRD), il pourra ne payer que cinq, dix voire vingt jours plus tard, à condition que les titres en question soient éligibles au SRD (service du règlement différé), ce qui est le cas de la plupart des grandes capitalisations boursières. Ensuite, une vente à découvert peut également se faire sans posséder l’intégralité de l’argent pour l’achat des titres, ce qu’on nomme « effet de levier » : il suffit d’avoir de 20 % (pour les bons du Trésor) à 40 % (pour les actions) du montant total qu’on doit régler pour acheter, en faisant le pari que le gain obtenu va permettre de rentabiliser le tout. Pour le vendeur, un mauvais pari peut s’avérer catastrophique : s’il a utilisé l’« effet de levier » en anticipant une baisse qui n’a pas eu lieu, il risque de perdre très gros. (Extrait d’un article du Monde « La vente à découvert, une pratique risquée », du 12/08/2011.)

