Après huit ans de break, Zebda, revient avec Second Tour Un nouvel album motivé, militant et métissé. Retour sur les temps fort du célèbre groupe toulousain et de sa voix, Magyd Cherfi
Au fil des 12 titres, Second Tour s’interroge sur les envies d’ailleurs des brûleurs de route « Harragas », la question du voile,…
La voix est familière et chaleureuse, mâtinée de l’accent du Sud-Ouest. D’origine kabyle, né à Toulouse en 1962, Magyd Cherfi est à la fois chanteur, parolier et écrivain. Il accepte de vous accorder un entretien suite à la sortie de son second album, en avril 2007, intitulé « Pas en vivant avec mon chien », expression qu’il a retenu suite à une interview de l’actrice Jane Fonda, qui confiait aux prises avec la solitude, que ce n’est pas en restant seule avec son chien qu’elle rencontrerait un homme. Drôle, un brin provocateur, il se raconte comme un enfant. Il a grandit, entouré de six frères et sœurs : « Ils avaient reconstitué un village kabylo-oranais, une espèce d’Algérie, interdite aux Français. » « Ils » : sa famille et les autres arrivants du pays natal. « La douleur de mes parents, c’est mon héritage. Mon père a passé sa vie à être un Arabe, un maçon, un perdant qui devait rejoindre le paradis. Il fallait résoudre ce problème grâce aux mots. » Des mots sur les maux, Magyd, en pur amoureux de la langue française, n’a dès lors cessé de les triturer, transformer, sublimer. Jusqu’en 2003, il est membre de Zebda, groupe aux accents arabo-rock, un des poids lourds du paysage musical français, avec des textes chocs comme Le Bruit et l’odeur (1995), titre emblématique de la formation et album au titre éponyme, renvoyant aux propos racistes envers les Africains d’un certain monsieur Chirac, prononcés lors du discours d’Orléans en 1991
Au rythme du militantisme
« On avait plus d’impact avec la musique qu’avec le militantisme », souligne Cherfi. On se souvient notamment du flot de la célèbre chanson qui déverse sur les ondes de l’Hexagone : « Si j’suis tombé par terre, c’est la faute à Voltaire, le nez dans le ruisseau y avait pas Dolto, si y a plus d’anges, dans le ciel et sur la terre, pourquoi faut-il qu’on crève dans le ghetto ? ». Magyd Cherfi, poète chansonnier, héritier de Brassens, car « dans ses textes, j’entends aisément un immigré aujourd’hui, la bêtise est un socle éternel », évoque aussi l’africanité et l’impérialisme américain. Il publiait alors La Trempe (Acte Sud), un livre rageur contre un ministère amer, celui de l’Identité nationale et de l’immigration. Militant du mouvement toulousain Motivé-e-s, il avoue aimer « l’idée que mon travail soit un baume au cœur et un éveil intellectuel ».
Second Tour, le retour
Déjà avec l’album Essence Ordinaire (1998), et la chanson « Tout semble si… », les membres s’inquiétaient de la montée en puissance de la frange de droite dans les villes du sud de la France : « Toutes les villes se prennent avec des mots, y a toujours un motivé pour dire Bravo ! C’est pas la guerre, c’est dépassé, On me dit « C’est qu’un mauvais moment à passer, en tout cas si je lâche mon lasso, ils seront à la porte de mon ghetto, comme à Toulon Orange ou Marignane, mais je m’en fous, ici on aime la castagne ».Depuis 2004, Zebda avait fait une pause, le temps de laisser chacun des cinq disciples mener le verbe et la rime en solo. Ils n’ont pas « tombé » le groupe longtemps, puisque 2012 marque leur grand retour avec une nouvelle et sixième galette, Second Tour , au titre évocateur et bien senti en cette période d’élection présidentielle française. Pour Mustapha Amokrane, la reformation de Zebda, devait se faire entendre avant les élections. Un opus toujours en phase avec l’air du temps, et qui combat les préjugés de toutes pièces, histoire de ne pas prêter le flanc à la médiocrité ambiante de France. L’esprit critique enlevé, emporte sur des accents du sud, métissés, la rime en bandoulière et les poings fermes à l’image de Zebda, Debza en arabe, marteler le poing, au détour des textes. Au fil des 12 titres, Second Tour, s’interroge sur les envies d’ailleurs des brûleurs de route Harragas , la question du voile, Le Théorème du châle, de l’identité nationale, encore, et de la vie entre communauté. Un opus à envoyer aux députés assis à l’extrême droite, sur les bancs de l’Assemblée Nationale… ◆




