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Société

27 janvier 2012

Zhor El Hor, une juge en or

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Un vif hommage a été rendu la semaine dernière à la magistrate Zhor El Hor par Amnesty International Maroc. Une véritable reconnaissance pour le combat mené par cette grande dame pour les droits de la femme et des enfants, mais surtout pour une justice équitable. Portrait.

Le trophée décerné par Amnesty International à Zhor El Hor rend hommage à son combat titanesque pour une justice intègre.

Le trophée décerné par Amnesty International à Zhor El Hor rend hommage à son combat titanesque pour une justice intègre.

Consécration nationale et internationale d’une femme qui a su se démarquer et s’imposer dans un milieu où l’intégrité  relève de l’utopie. Cette dame de fer n’est autre que la magistrate Zhor El Hor, qui a reçu récemment un trophée d’Amnesty International Maroc en « reconnaissance de son parcours extraordinaire dans la défense des droits des femmes et des principes de justice et de dignité humaines ». Un parcours jalonné par un combat titanesque  pour une justice indépendante et intègre. « Cet hommage est dédié à la femme marocaine. Pas à moi. C’est une reconnaissance de l’effort déployé par la femme marocaine pour le changement de la société marocaine.

Durant des années, la femme marocaine a mené une révolution calme, qui a porté aujourd’hui ses fruits. L’hommage d’Amnesty International Maroc est une reconnaissance claire que la justice marocaine comprend des magistrats intègres et honnêtes. C’est une réconciliation avec notre justice qui a été toujours pointée du doigt », se félicite Zhor El Hor.

Née à Derb Soltane à Casablanca en 1947, Zhor El Hor s’est forgée une réputation de femme de caractère. Très petite, alors qu’elle n’a que 10 ans, elle a osé défier les traditions en exigeant de ses parents son droit à l’éducation.

« Pourquoi mon frère va à l’école et pas moi ? », s’écrit-elle. Devant l’insistance de sa petite fille, le père obtempère. Cependant, l’établissement publique refuse de l’inscrire à cause de son âge. Elle rejoint ainsi les bancs de l’école privée. Avide de connaissance et d’expériences, elle entre dans la vie associative très jeune. À peine âgée de 13 ans, Zhor adhère à une association culturelle et sociale. Une vocation qu’elle prendra autant de plaisir à développer au fil des années.

Un parcours exemplaire

La petite Zhor réussit son parcours scolaire et obtient une licence en droit. Elle intègre l’éducation nationale et enseigne la langue arabe pendant 10 ans. Elle se découvre alors une nouvelle vocation : la magistrature. Elle participe au concours du ministère, réussit le challenge et devient magistrate. C’est en 1979 qu’elle intègre le corps judiciaire. La jeune femme est nommée juge à El Jadida, une province à dominante rurale. Pas facile pour les hommes d’admettre que c’est une femme qui va les juger. Le défi est grand. Mais, Zhor a réussi à le relever. « Il fallait redoubler d’efforts pour s’imposer. La tâche n’a pas été de tout repos », se rappelle avec nostalgie la magistrate. Petit à petit, Zhor a réussi à convaincre. Elle gravit les échelons et devient présidente du Tribunal de la famille de Derb Soltane à Casablanca. Parallèlement à son travail judiciaire, Zhor EL Hor n’oublie pas son vieil amour pour l’action associative.

Croyant dur comme fer en l’importance de la société civile pour sensibiliser les femmes sur leurs droits et la nouvelle réforme de la Moudawana, à laquelle elle a participé, elle créé l’Association marocaine pour le soutien de la famille, bravant ainsi les interdits de la tutelle. « Les magistrats étaient interdits de mener une action associative, de parler à la presse…sans autorisation du ministère. Moi, j’avais ma vision des choses. Personnellement, je pense que le magistrat doit jouer un rôle important dans la société. La nouvelle Constitution m’a donné raison puisqu’elle autorise aux magistrats de se constituer en association et de participer à la vie associative », insiste-t-elle. Cependant, la vision de Zhor EL Hor déplaît à ses supérieurs hiérarchiques qui lui mènent la vie dure. Les différences d’opinion cèdent la place à une confrontation directe.

Choix difficile

« La situation est devenue intenable. La pression était forte. Mes supérieurs ne me laissaient pas agir comme je l’entends et faisaient tout pour entraver mon travail sur le terrain. J’avais donc deux options devant moi. Soit faire ce qu’ils veulent sans manifester une opposition, soit partir. J’ai opté pour le deuxième choix », confie-t-elle. Un choix difficile pour Zhor El Hor qui ne signifie pas pour autant la perte de la bataille. C’était plutôt une décision sage qui émane d’une femme qui a toujours préféré agir avec raison. « Je n’ai pas jeté l’éponge. Mon départ n’est pas une concession ni un retrait. J’ai jugé bon de m’écarter un peu », assure Zhor El Hor. La magistrate devint alors présidente de Chambre à la Cour suprême. L’hommage qui lui a été rendu par Amnesty International Maroc est perçu par certains observateurs comme une réhabilitation à sa personne.◆




 
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